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Facebook ou la défaillance de marché ?

vendredi 18 mai 2012

Au jour de la monumentale IPO de Facebook qui a d'avance épuisé tous les superlatifs des commentateurs, il est peut-être intéressant de se pencher à nouveau sur la question des données, les data qui de soigneusement domestiquées dans leurs bases, voire leurs fermes, principalement sous la férule agraire des départements informatique des grandes entreprises acquièrent aujourd'hui sous les épithètes de Big, d'Open et de private de nouvelles qualités, une seconde nature.

 

Comme le note le New York Times (#) ces jours-ci, la destinée de Facebook est de trouver quoi faire de l'inimaginable agglomérat de données, photos, vidéos, états d'âmes passés et présents, déclarations, réclames, repentirs, transactions, profilages et filatures, réseaux et sous-réseaux d'influence, coteries, cabales et grandes causes qui agitent cette moderne Capharnaüm. À l'heure fatidique où le Big Data va achever de redéfinir la notion de réalité (#) pour les sciences socio-économiques et se prévaloir de la vérité scientifique — bientôt unique parce que statistiquement représentative — Facebook, à plus de cent milliards de dollars, quantifie exactement la valeur de la denrée mentale (#) de la partie maintenant significative de l'humanité qui s'y donne en spectacle.

 

En forme de contrepoids les récentes initiatives dites Open Government Data (#), en France la Plateforme d'ouverture des données publiques (data.gouv.fr) inspirées des initiatives antérieures de l'administration Obama (Empowering People) et du gouvernement britannique (Opening up government), postulent un potentiel de progrès social des modèles « ouverts » de production et de distribution de données. Les arguties de campagne électorale entre Séverin Naudet (#), directeur de la mission Etalab, et Fleur Pellerin (#), maintenant ministre délégué des PME, de l'Innovation et de l'Economie numérique, masquent à peine leur accord sur le fond. En effet, les exigences usuelles des avocats des initiatives Open Government Data portent sur la publication en ligne :

 

Tout à l'opposé de Facebook ! En revanche, parfaitement dans l'esprit de l'Open Knowledge Foundation (#), OKFN, dont les définitions puisent leur inspiration dans dans les travaux antérieurs de l'Open Source Initiative (#).

 

Vraiment ?

 

L'insistance des gouvernements à placer ces initiatives Open Government Data sous la bannière de la « transparence » — « Innovation. Transparence. Ouverture. » lit-on sobrement sur la page d'accueil du portail français ; sur le site anglais, David Cameron lui-même s'enorgueillit, en vidéo numérique, de son Government's Transparency Agenda ; la transparence qui est aussi, avec la collaboration et la participation, l'un des «  Open Government core principles  » affiche le site américain — ne masquerait-elle pas un contexte politique particulier, nonobstant les protestations de neutralité sans nul doute sincères des promoteurs des initiatives Open Government Data ?

 

Car c'est en effet oublier que ces initiatives émergent dans un contexte politico-historique particulier et sur un terreau déjà travaillé, souvent de longue date, par des acteurs de la société civile aux origines et aux intérêts variés. Vues sous cet angle, on pourrait aller jusqu'à argumenter que les initiatives Open Government Data gouvernementales visent à ré-équilibrer un marché, jusque là occulte, dont Facebook et son IPO ploutocratique constitue le plus bel exemple de défaillance de marché.

 

Les réseaux de la société civile engagés dans les initiatives Open Data sont nombreux, complexes et entretiennent des interactions diverses avec l'Etat, les institutions et le secteur privé (#). Ce qui frappe donc, dès l'abord, c'est l'hétérogénéité : activistes de l'OKFN, avocats du droit à l'information et à la transparence — l'hiver dernier Etalab avait été lancé sous les auspices d'un rms assoupi et d'un Nigel Shadbolt (#) militant —, entreprises et organisations du secteur économique de l'information du secteur public, communautés du Web sémantique (#) et du Linked Data (#) ou Web des données, etc. Toutes ces organisations sont financées via une variété d'instruments, prestations de services et de conseil pour les uns, fonds publics d'encouragement et de développement de l'innovation, servant l'intérêt social et l'enjeu économique, pour d'autres, voire même par des fondations philanthropiques (e.g. la Shuttleworth Foundation).

 

Bien souvent les jeux de données publiques qui intéressent les mouvements Open Government Data sont depuis longtemps soumis à l'examen attentif de leurs conditions de production et de leurs droits de propriété exercés par le secteur public. Ces données sont souvent quantitatives ou nominatives (géospatiales, environnementales, statistiques, de dépenses publiques, de transport, ou culturelles) et existent parfois déjà dans des jeux publics mais à des coûts jugés prohibitifs, ou pas encore numérisés, à une époque où les évolutions technologiques rapides vont dans le sens, inverse, d'une disparition de ces barrières artificielles à l'entrée. Le cas échéant, ces jeux de données publiques, qui alimenteraient déjà jusqu'à 15 à 25 % des produits et services d'information en UK d'après The National Archive (#), peuvent être payants et licence particulière de réutilisation doit être spécifiquement obtenue des administrations concernées, parfois à un coût supérieur au coût marginal de production. En insistant sur l'abaissement ou la disparition de ces coûts et sur la promulgation de licences ouvertes et standards de réutilisation, les initiatives Open Government Data marquent leur coloration socio-économique, bien au-delà d'un seul mouvement technique ou de numérisation généralisée.

 

Si la commercialisation croissante des flux d'information est une marque de fabrique aisément reconnaissable de l'économie capitaliste de ces trente et quarante dernières années, tous secteurs, privé et public, confondus, les historiques et les pratiques nationales varient considérablement. La restructuration néolibérale du secteur public britannique, entamée dans les années 1980, a entraîné la privatisation de certaines activités de service public, accélérant ainsi la recherche de sources alternatives de revenus de la part des administrations et l'élévation de barrières contre de nouveaux entrants privés sur ce marché de l'information « publique ». Là, ces administrations se sentent parfois menacées par les initiatives Open Data et le soutien gouvernemental qu'elles reçoivent. Aux USA, des voix, et non des moindres, comme celle de Lawrence Lessig (#) — qui était récemment de passage à Paris pour y distiller son message dans le grand amphi de Sciences Po., encore en deuil de son président — se sont élevées contre la menace de la tyrannie de la transparence. Le programme data.gov n'a été sauvé que de justesse dans les budgets 2012 et 2013, à l'issue d'âpres discussions (#) au Congrès. En France, l'approche centralisatrice — au choix colbertiste, jacobine ou napoléonienne — reste prévalente : un Institut national, l'INSEE, est le dépositaire et le garant des grands jeux de données publiques socio-économiques de valeur, mais imagine-t-on que la Hadopi publie ses fichiers sous licence LGPL (bien que sous-traités à la société on ne peut plus privée Trident Media Guard), que France Telecom publie l'intégralité des logs des communications de ses abonnés mobiles, ou que la gendarmerie et la police nationale mettent en ligne, en XML avec les DTD, les 58 fichiers nationaux dénombrés par le rapport Batho-Bénisti de 2009 (#) ?

 

Certains observateurs ont tendance à conceptualiser les initiatives Open Government Data comme visant en premier lieu les jeunes pousses et startups, les « activistes citoyens » et les TPE/PME. En France des exemples brillants comme Regards Citoyens (#) et Data Publica (#) illustrent ce principe vertueux dans la doxa actuelle de l'innovation. En revanche, n'oublions pas qu'elles profitent également aux très grands acteurs et à certaines multinationales établies comme Microsoft (#), Google (#), LexisNexis, DMGT, Lloyds, les entreprises membres de la PSI Alliance (#), etc.

 

Alors la valorisation de Facebook, à laquelle on propose au grand public d'acheter des titres, reflète à l'évidence le poids social (#) récemment supposé (printemps arabe, « révolution » iranienne) mais surtout économique de l'agrégation des données (privées) que ce même grand public accepte sans barguigner de livrer au réseau social en échange d'un narcissisme virtuel et d'un service public d'amusement universel (#). Peut-on vraiment qualifier cette allocation inédite entre individu, citoyen, secteur public et secteur privé d'optimale ?

 

SQ 250-300

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