"La Tribune" se meurt, mais que fait l'État ?
Les cinq offres déposées pour la reprise du quotidien économique et financier signifient la fin annoncée du journal. Malgré cette perspective, les pouvoirs publics restent silencieux et tardent à se mobiliser pour que son rachat assure un véritable avenir à « La Tribune ».
Vendredi 16 décembre, cinq candidats ont déposé des offres de reprise de « La Tribune » à la barre du tribunal de commerce de Paris. Ces offres ont plongé les 165 salariés - 78 journalistes - du quotidien dans la stupeur et le désarroi. Hypothèse la plus réjouissante : dans l'une de ses trois offres, « 20 Minutes » proposait de reprendre 30 journalistes et 46 salariés au total. Contraint de ne présenter qu'une seule offre, le quotidien gratuit est en train de revoir sa copie. Les autres candidats, qu'il s'agisse d'Hi-Media, de France Économie Régions ou de La Financière Patrimoniale d'Investissement, sans parler d'Alexis Caude, qui ne prévoit de reprendre que deux journalistes, envisagent de transformer « La Tribune » en simple site Internet.
Sans même s'épandre sur le débat de l'avenir du papier et du numérique, un constat tombe comme une évidence à la lecture de ces offres : toutes signent d'une façon ou d'une autre la fin d'un quotidien national. Mardi, René Ricol, s'exprimant sur le sujet, jugeait « fantaisistes » trois des cinq offres de reprise. Celles-ci ne sont effectivement pas à la hauteur de ce journal, patrimoine de la presse économique et financière française, ainsi qu'à celle de ses journalistes et de l'ensemble des salariés qui le constituent.
Pourtant, ces offres formulées par les potentiels repreneurs laissent visiblement les pouvoirs publics indifférents. En 2007, au moment de la cession de « La Tribune » par Bernard Arnault, la ministre de l'Économie Christine Lagarde avait publiquement déclaré qu'« une presse économique et financière de qualité, diversifiée, est un élément essentiel pour la vitalité et l'attractivité de l'économie française ». Quatre ans plus tard, à la veille d'échéances électorales majeures, le maintien de ce pluralisme, pilier des principes démocratiques, ne semble plus être une priorité. Ni le nouveau ministre de l'Économie, François Baroin, ni celui de l'Industrie, Éric Besson, ne se sont émus de cette situation. Pourtant, le gouvernement sait se mobiliser quand un secteur est prioritaire à ses yeux. Il n'hésite pas à convoquer les patrons de Peugeot, d'Air France ou d'Areva pour leur demander des comptes sur d'éventuels plans sociaux. Il sait faire appel au Fonds stratégique d'investissement (FSI) quand il s'agit de venir à l'aide de fleurons nationaux en difficulté. Concernant la presse, il sait également s'immiscer dans certains dossiers quand ceux-ci sont jugés « stratégiques ».
Retrouvez l'intégralité de ce point de vue de la Société des journalistes ( SDJ ) de La Tribune et les nombreux commentaires postés par les lecteurs de la tribune : ici
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le 10/05/2012 à 12:00