2012, la fin des médias sociaux ?
Par Hervé Kabla, Directeur Général - co-fondateur de blogAngels
2012 sera une année d'élections, c'est certain ; une année de J.O., sans aucun doute ; une année de crise de plus, très probablement. Mais sera-t-elle la dernière année où l'on parlera des médias sociaux ? Après une croissance phénoménale durant les cinq dernières années, les médias sociaux pourraient en effet disparaître aussi vite qu'ils sont apparus. C'est du moins le bruit qui court dans certains milieux concernés par ce type d'outil. Crainte existentielle exagérée ou véritable signal d'alerte pour les experts des médias sociaux, voici quelques pistes de réflexion pour bien comprendre de quoi il s'agit. Quatre phénomènes menacent en effet la pérennité des médias sociaux : l'explosion exponentielle des contenus, la saturation des utilisateurs, l'évolution des interfaces et la banalisation du web conversationnel.
L'explosion des contenus est la menace la plus tangible. Le web conversationnel a la mémoire longue, et les contenus que nous publions à longueur de journée commencent à former une sorte de pollution numérique. Quel que soit le produit recherché, une requête sur Google le concernant génère des centaines, voire des milliers d'articles : lequel lire, lequel nous sera vraiment utile ? Difficile de le dire. La profusion des articles de blogs, d'avis de consommateurs et de statuts publiés sur les réseaux sociaux endigue le web. Même Google doit revoir ses algorithmes d'indexation (c'est son métier, soit), au risque de déstabiliser le référencement de sites au contenu pourtant apprécié. Qui plus est, la même requête lancée sur deux machines différentes génère désormais des résultats différents, selon l'historique de navigation, l'adresse IP ou l'identité de celui qui recherche l'information. Ce non-déterminisme est un vrai souci, et la confiance des internautes dans les contenus risque fort d'en sortir ébranlée.
La saturation des utilisateurs est tout aussi perceptible. La multiplication des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn, Viadeo, Foursquare, Google+, etc.) finit par agacer même les plus passionnés. Doit-on publier sur un compte, sur deux, sur tous ? Et la redondance de l'information ne risque-t-elle pas d'exaspérer mes amis, mes lecteurs ? Qui plus est, l'homme se lasse facilement, par nature. Combien de vos proches ne se sont pas déclarés fatigués de Facebook, d'y retrouver les mêmes statuts, les mêmes paroles, les mêmes contenus à longueur de temps ? Sur le long terme, seuls les services vraiment utiles perdurent : les réseaux sociaux ont-ils vraiment atteints la maturité nécessaire pour cela ? Et si l'on quitte une plateforme, le fait-on en moyenne après un an ? deux ans ? cinq ans ? Si la population globale sur les réseaux sociaux croît mois après mois, aucune étude ne mesure la durée moyenne d'utilisation de ces outils sur le long terme. Et un exode massif des principales plateformes pourrait très bien se produire en quelques mois ; nous l'avons déjà vu avec MySpace et Friendster.
La troisième menace est portée, quant à elle, par les plateformes sociales elles-mêmes. A force de se concurrencer, ces plateformes évoluent à marche forcée, indépendamment des besoins réels de leurs utilisateurs. Prenez Facebook : de nouveaux profils, un flux d'actualité revu et « amélioré » lors de la dernière conférence F8. Mais à quoi bon ? Qui utilise vraiment le flux en temps réel ? Qui n' pas senti, en réalité, une baisse sensible de son lectorat parmi ses amis ? Quant aux marques, elles éprouvent de plus en plus de peine à faire grandir leurs communautés, pénalisées par une viralité passablement en berne. Et que dire du nouvel habillage YouTube, ou de la nouvelle interface de Twitter ? Les évolutions les plus évidentes manquent, celles les plus stupides et indigestes nous sont parfois imposées. Ce n'est pas tant l'exposition de la vie privée, au demeurant limitée aux proches si on le souhaite, que la pertinence des usages qui priment. Au final, à trop vouloir jouer avec les mécaniques internes, les plateformes prennent le risque de faire fuir leurs utilisateurs les plus fidèles.
Enfin, la banalisation du web conversationnel est peut-être la menace qui mettra fin à la mode des médias sociaux, sous une forme de glorification christique. C'est une voix difficile, pénible même, car les communautés de lecteurs ou de consommateurs ne sont pas toujours tangibles. Il faut du temps pour créer une relation de confiance, et si Facebook ou Twitter le permettent à plus d'un titre, rien n'empêche les entreprises de développer ce type de relation sur leur propre espace - quitte à utiliser les mécanismes d'identification universelle proposés par Facebook ou Twitter eux-mêmes ! Ce sera un juste retour des choses : aux généralistes les couches basses du web, aux spécialistes les contenus évolués. En intégrant des fonctionnalités sociales dans leurs propres sites, les entreprises précipiteront un jour la chute des plateformes généralistes. Ce serait une bonne chose pour tout le monde. Mais rassurez-vous, ce n'est pas pour demain : la majorité des entreprises restent encore très frileuses vis-à-vis de ces pratiques.
Alors 2012 marquera-t-elle la fin des médias sociaux ? Peut-être, et les différents acteurs de la net économie - agences, annonceurs et internautes - feraient bien de penser dès maintenant au web de demain : un web ou le conversationnel sera nativement proposé par tous les sites web...
Les commentaires
Et pourquoi pas le web tout entier menacé tant qu'on y est...
Par Jeremymarchais le 16/12/2011 à 06:46
De vraies menaces en effet, et en même temps de vraies opportunités pour développer un véritable Web social, moins artificiel, mieux intégré dans notre quotidien, qui n'isole pas de l'environnement social en face-à-face, bref, qui soit une véritable continuité avec la vie de tous les jours. Pour ma part, je ne crois pas à une extinction des médias sociaux en 2012, mais plutôt à une étape importante vers la maturité. La popularité des outils est réelle, la maîtrise des usages progresse encore. Ce qui est tout à fait normal compte-tenu de la jeunesse des médias sociaux. Comme souvent à notre époque, le temps de la maturation vient en conflit avec le temps de l'instantanéité de nos mondes hyperconnectés. Peut-être est-il temps désormais de laisser s?imprégner ces nouveautés dans nos habitudes ?
Par Michaël Tartar le 13/12/2011 à 10:55
Apocalyptique ou pertinent, on ne sait quoi choisir pour qualifier ce post. Le narcissisme social à fait un peu de nous des schyzo' interdépendant aux réseaux. Le téléphone reste pourtant le meilleur exemple que rien ne se perd mais tout se transforme. Wait and see
Par BOXSONS le 12/12/2011 à 10:21
"la même requête lancée sur deux machines différentes génère désormais des résultats différents, selon l'historique de navigation, l'adresse IP ou l'identité de celui qui recherche l'information." : Le "désormais" est de trop dans cette affirmation : c'est vrai depuis les tous débuts de Google. Sauf que ça se raffine de plus en plus, selon différents critères. C'est, il est vrai, un véritable problème pour les chercheurs. Mais c'est en même temps une bonne nouvelle pour la majorité des internautes.
Autre affirmation à nuancer : " Ce n'est pas tant l'exposition de la vie privée" Oh que oui, l'exposition de la vie privée est un véritable problème parce que pour la majorité des comptes, mal configurés, c'est tout les messages qui sont exposés à tous.
La fin des médias sociaux? Une évolution, à n'en pas douter. À ce titre, l'article "The Great Tech War Of 2012" de Fast Company est très éclairant (inquiétant?) http://www.fastcompany.com/magazine/160/tech-wars-2012-amazon-apple-google-facebook
Par ProVeille le 12/12/2011 à 07:13
Intéressante vision,
la possibilité technique de créer des communications directes existe depuis longtemps sur les sites web. Ce qu'il manque c'est la connection sociale.
Si je m'en vais sur le portail de "Castorama", je serai certainement effrayé par la masse de gens qui ont été... si je n'y vois pas des connaissances, j'y serai probablement même découragé.
Donc c'est plus que l'identité qu'il faut aller demander à des réseaux sociaux, mais le réseau de connections. Finalement, Facebook deviendrait ce qu'il a commencé a être: un livre d'images des visages de ses amis. Mourrir je ne crois pas.
De même on pourrait y rajouter le réseau de messages fait sur d'autres sites, s'ils sont publics tout au moins.
paul
Par Paul Libbrecht le 12/12/2011 à 10:59
Un article dont le titre invite au débat.
En préliminaire, quelques observations sur les observations présentées dans l'article:
La même requête lancée sur deux machines différentes génère désormais des résultats différents,
- selon l'historique de navigation : si on veut retrouver une situation neutre, il suffit d'effacer les cookies installés par google.fr et google.com
- l'adresse IP : ou plutôt le territoire d'où est faite la requête ? Google.fr et Google.com donnent des résultats différents
- l'identité de celui qui recherche l'information : voir le point 1 sur les cookies
- non déterminisme : Google introduit des mécanismes (aléa, permutation,...) pour freiner les tentatives de décoder son algorithme, un des secrets, - comme la formule d'une boisson gazeuse à base de cola-, les mieux gardés
Pourquoi ?
La mission de google est de retourner l'information la plus pertinente.
Avec un usage commercial (web 1.0) ou un usage social (web 2.0) du web, les stratégies de moteurs de recherche reposant sur la popularité étaient pertinentes.
Mais si on recherche des signaux faibles source d'information pour innover, c'est une autre affaire : l'usage recherché est un usage sémantique (web 3.0).
Google Panda semble délivrer ces capacités sémantiques.
Le cas échéant, vous êtes invités à faire les recherches avec les chaînes de mots ci-dessous :
- affaires numériques
- modèle affaires numériques
- ITIL 2011
Google retournera quelques sites "bizarres", qui sont des sites ignorés par la majorité des autres moteurs.
Ces sites bizarres apportent-ils une information supplémentaire et intéressante par rapport aux sites plébiscités ?
A vous de juger.
Par Tru Dô-Khac le 12/12/2011 à 10:03
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le 09/02/2012 à 09:22