HP à la croisée des chemins
Par Guy Hervier
Si l’expression est bateau, elle correspond bien à la situation dans laquelle se situe HP actuellement. Gérald Karsenti, Pdg d’HP France, a tenu à faire une explication de texte sur ces décisions qui engagent l’avenir du numéro Un de l’informatique (voir l'article dans la lettre de ce jour). Mais l’opération n’est vraiment pas facile à « vendre » et a engendre beaucoup d’incertitudes et de confusion, ce dont ont horreur les marchés financiers. La réaction a été immédiate : le cours de l’action a chuté de 20 % en une journée et a continué à perdre quelques points depuis.

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La division PSG (Personal System Group) du PC est de loin la moins rentable de l’ensemble des activités (voir tableau ci-dessous). C’est la seule dont le ratio bénéfice net/Chiffre d’affaires est largement en-dessous du seuil des 10 %. Cela alors même qu’HP est numéro Un mondial devant Dell avec près de 20 % du marché. Difficile dans ces conditions d’espérer faire beaucoup mieux d’autant qu’avec la baisse continue des prix des produits, les marges ont tendance à se comprimer.
Les raisons proposées par HP depuis l’annonce, complétée des explications bien packagées d’HP France par l’intermédiaire de son nouveau patron, ne paraissent pas vraiment convaincantes. D’ailleurs la déclaration de Ray Lane, président du conseil d’administration à Bloomberg TV est assez éclairante sur les motivations de l’entreprise : « The intention of our board has always been to spin it to our shareholders ». Et la tentation de séparer de cette activité nettement moins rentable que le reste de l’entreprise ne sera-t-elle plus forte que si elle restait intégrée ?
Le message de la campagne de publicité lancée récemment par HP n’est pas beaucoup plus convaincant car parler de l’esprit d’une startup pour une entreprise de 40 milliards de dollars peut laisser quelques doutes. Et pourquoi l’activité PC séparée serait d’être plus flexible et agile que l’entreprise toute entière ?

C’est en plus une rupture assez nette avec la stratégie lancé par Carly Fiorina, l’ancien Pdg d’HP, lorsqu’elle avait racheté Compaq pour le montant exorbitant de 25 milliards de dollars et faire d’HP le numéro Un du PC. Stratégie endossée par Mark Hurd lorsqu’il était au commandes d’HP, même si des rumeurs de cession avaient déjà circulé. Les arguments apportés toutes ces années qui ont suivi n’ont cessé de mettre en avant la synergie entre les activités PC et le reste de l’entreprise.
Interrogé sur la stratégie de l’entreprise en 2007, Yves de Talhoüet expliquait qu’ « HP n’avait aucune idée de céder cette activité qui est rentable en soi mais qui a des effets induits sur les autres produits (serveurs, imprimantes), de marque mais aussi de volume (….) De notre point de vue, IBM a fait une erreur en cédant son activité PC. A terme, cela va rendre son activité serveurs non compétitive (La France a plus que jamais une carte à jouer) (…) La consumérisation de l’informatique et la double présence nous permet de mieux comprendre comment la gens achètent leurs produits informatiques, comment ils les complètent et les utilisent, comment ils utilisent l’interface homme/machine. »
En quoi commercialiser des PC vous donne-t-il un avantage concurrentiel pour offrir des services ? « Il faut remonter toute la chaîne de valeur, expliquait Yves de Talhouët, Pdg d’HP France en 2008 (Yves de Talhouët, Pdg d’HP France : Cette restructuration est destinée à sécuriser l’avenir d’HP). Concevoir et fabriquer nos serveurs nous donne une expertise importante en développement des couches logicielles qui permettent d'optimiser leur exploitation. D'où un premier bénéfice en terme de services. Ensuite, HP est numéro Un des serveurs en unités. C'est aussi le numéro Un des PC. Or il se trouve que 60 % des composants des serveurs d'entrée de gamme et des PC sont identiques. Notre position sur ces domaines nous donne un avantage énorme en matière de coûts et d'approvisionnement vis-à-vis de nos fournisseurs de composants.
Le PC nous apporte un autre avantage important. Depuis 3 à 5 ans, on a assisté à un retournement de l'innovation qui était auparavant tirée par les usages dans l'entreprise et qui l'est aujourd'hui à la maison. Notre présence sur le marché des particuliers nous donne donc un avantage très important. »
Bref, les mois à venir permettront de se faire une idée plus précise.
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le 16/05/2013 à 10:15