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La mission civilisatrice du numérique de l'Etat français
Par Jean-Marie Chauvet

mardi 31 mai 2011

« Les Français sont, en quelque sorte, en ce début d'été, à pied d'oeuvre. Quelles que soient les innombrables difficultés d'aujourd'hui, et craintes légitimes pour demain - on sent bien qu'elles sont liées à un monde qui s'enfonce, et qui sera remplacé. Chacun peut chercher et trouver sa place dans le train de l'avenir. Cet appétit de l'avenir, ce sentiment profond que les techniques les plus récentes, que la télé, le magnétoscope, la vidéo, l'ordinateur personnel, [l'Internet] recèlent des trésors d'outils pour la connaissance est la chance à ne pas laisser passer. »

 

Voilà, dans l'esprit, ce que Gilles Babinet, entrepreneur au parcours réellement remarquable, tout juste élu à la tête du Conseil national du numérique, déclarait à propos du rôle qu'il souhaite donner à cette auguste instance devant d'éminents représentants du prestigieux Corps des Mines venu examiner, avec une curiosité digne de Bartolomé de las Casas, le nouvel Indien des temps modernes, « l'entrepreneur ».

 

Si ces mots ne furent pas ceux qu'il prononça exactement, c'est parce qu'en fait ils sont extraits d'un article de Jean-Jacques Servan-Schreiber datant de juillet 1983. Sous son impulsion, généreusement étayée par Sam Pisar et Raj Reddy, sept ministères de l'époque, s'appuyant sur le réseau de la Datar, les moyens de l'Agence de l'Informatique — créée en 1980 et supprimée en 1987 par Alain Madelin qui estimait son utilité contestable —, et les administrations régionales lançaient, après avoir réuni les moyens financiers et un premier lot de 2000 ordinateurs — défense de ricaner —, l'opération « un été pour l'avenir » : deux cents ateliers informatiques pour les jeunes en régions. Avec le recul, force est de constater que nos « enfants terribles » de la génération Internet ne sont guère issus de cet envol lyrique et des ces idées humanistes du début des années 1980.

 

Mercantilisme et nouvelles velléités de politique industrielle de redressement national, aux vagues relents de récupération électoraliste, sont d'évidence passés par là.

 

Le parallèle politique est en tout cas frappant. Barack Obama acceptait en février dernier l'invitation à dîner en compagnie des représentants les plus médiatiques de la génération Internet chez John Doerr, investisseur en capital-risque vedette de la Silicon Valley — chez Kleiner Perkins Caufield and Bayers, il compte à son track record Silicon Graphics, Netscape, Google et Amazon, par exemple — et activiste politique démocrate et conseil de l'administration américaine au sein du Economic Recovery Advisory Board. Sous nos cieux, Nicolas Sarkozy conviait de son côté des « blogueurs » et des personnalités de l'Internet français à déjeuner la même semaine. Obama lance sa campagne électorale pour les élections présidentielles de 2012 via Twitter et organise au siège social de Facebook son premier meeting électoral. Aux Tuileries, Sarkozy confie, dans la précipitation, une vaste opération de communication à Maurice Lévy, le patron de Publicis, convoquant d'autorité la crème de la crème du Web au prêche moralisateur visant à la « civilisation de l'Internet » proposée au menu de la réunion du G8 à Deauville : ce fut l'e-G8. (Ou plutôt la controverse de Valladolid 2.0 !) Et voilà pourquoi on s'arrache aujourd'hui, au travers de l'Atlantique, la présence d'un Mark Zuckerberg qui fait oublier jusqu'au festival de Cannes et ses stars hollywoodiennes ! (N'a-t-on pas parlé d'un Oscar pour The Social Network ? Jolie mise en abyme.)

 

Et si le fétichisme des entrepreneurs du Net n'était qu'un instrument de communication dans l'exécution d'une véritable volonté politique ? Pourquoi donc ces entrepreneurs exemplaires acceptent-ils de jouer ce rôle qu'on leur attribue dans la théâtralisation politique de l'Internet ?

 

En mars dernier McKinsey, mandaté par Google — justement empêtré dans la taxe éponyme du sénateur Marini sur la publicité en ligne —, publiait le rapport Impact d'Internet sur l'Economie française. Dans sa présentation, McKinsey avance que « la contribution d'Internet, qui pèse 60 milliards d'euros dans l'économie française, soit 3,2% du PIB en 2009, contribue plus que d'autres secteurs de l'économie tels que les transports, l'énergie, l'agriculture, la finance ou encore le commerce ». Des conclusions fort opportunes, bien sûr, pour le mandant, unanimement vilipendé en France et consacré comme exutoire national depuis les diatribes de Jean-Noël Jeanneney. À vingt-huit ans d'intervalle, le rapport confirmerait aussi l'intuition lumineuse de JJSS sur les « emplois d'avenir » créés grâce à... Internet, tout de même bien jeune en 1983. L'autorité publique ne pouvait se laisser ainsi prendre de court par une telle révélation, surtout stipendiée qu'elle était par l'épouvantail numérique de référence ! Du coup, on a ressorti des archives où il amassait la poussière le projet d'un Conseil national du numérique.

 

Nicolas Sarkozy avait en effet annoncé en 2007 la création d'un Conseil national du numérique. Ce projet, qui instaurait un nouvel organisme consultatif sur le sujet, était resté lettre morte pendant plusieurs mois. Repris à son compte à l'automne 2008 par Eric Besson dans son plan France numérique 2012, ce conseil devait notamment être chargé d'élaborer des chartes d'engagement et de bonne conduite, destinées aux acteurs du numérique. Son toilettage en a été offert, comme il se doit, à l'un de nos totems entrepreneuriaux : en début d'année il a été confié à Pierre Kosciusko-Morizet, co-fondateur de Price Minister, le soin d'organiser ainsi une large consultation afin de définir le rôle de ce Conseil national du numérique, son champ d'action, ainsi que sa composition. Et donc derechef, cérémonie rituelle du  rapport dûment remis au même Eric Besson, sous les lambris centenaires du ministère.

 

Installé sans traîner le 27 avril suivant, le Conseil national du numérique suscite immédiatement les critiques, tant sur sa composition que sur ses missions. Mais au vu du processus alambiqué qui a conduit à sa création, on ne saurait pourtant s'étonner d'y retrouver une prépondérance des représentants français de l'e-commerce et des services en ligne. Est-ce donc l'union sacrée tant appelée contre Google ? Cela n'en prend pourtant pas le chemin : le CNN vient de juger la taxe Google inappropriée. Premier troll ?

 

En fait, pas besoin du CNN pour stigmatiser la politique de Gribouille qui semble présider aux atermoiements sur le numérique : la fuite récente de données chez TMG montre qu'on est parfaitement capable de se prendre tout seul les pieds dans l'Hadopi ! L'Internet civilisé en marche : Trident Media Guard est en effet un prestataire indirect de l'Hadopi pour la collecte des adresses IP. Son dossier de candidature avait été une première fois rejeté par le Collège de l'Hadopi, mais elle fut finalement retenue sous la pression des ayant-droits — or surprise, surprise ! Thierry Lhermitte, qu'on a connu mieux inspiré, est investisseur au capital de TMG ! Comment donc TMG a-t-il été à l'origine sanctifié par la CNIL ? Qui est à l'origine de cette fuite fâcheuse de vraies-fausses adresses IP en plein e-G8 ? Autant d'intéressantes gergorinades auxquelles l'audit tardif commandité par l'Hadopi peccamineuse devra répondre.

 

Courteline aurait pu l'inspirer, le vaudeville du numérique se poursuit sous les lumières et les paillettes de la politique-spectacle. On peut, à la rigueur, regretter que des entrepreneurs aux pedigrees impeccables dans l'industrie viennent s'y dévoyer là où ils jouaient crucialement leur role-model d'inspirateur expérimenté et d'accompagnateur des jeunes pousses françaises. Ce n'est pas tant les politiciens qui ont besoin d'eux que les très jeunes entreprises innovantes si mal en point en France : tous ces talents laissés en déshérence ont bien besoin que ces entreneurs-modèles continuent à montrer l'exemple, précisément en entreprenant et en investissant en business angel, pas en cautionnant une vision normalisatrice du numérique de l'Etat.

 

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